Séminaire doctoral de THALIM (2023-2024) - Ecrire contre Formes et usages de la conflictualité

Organisateurs : Quentin Morvan, Marie Pernice, Antoine Poisson

Séminaire doctoral de Thalim

2023-2024
“Ecrire Contre”
Un lundi par mois, 17h-19h

Ecrire contre : formes et usages de la conflictualité dans la littérature

« Même pas symbole, mais néant, je contre, je contre,/Je contre et te gave de chiens crevés,/En tonnes, vous m’entendez, en tonnes, je vous arracherai ce que vous m’avez refusé en grammes. » (Michaux)

« Vous ne pouvez pas être écrivain sans faire la guerre. » (Philippe Sollers)

Le Séminaire doctoral de Thalim portera l’année prochaine sur les modalités de la conflictualité en littérature : il s’agit de voir dans un premier temps sous quel régime s’écrit la geste guerrière d’un conflit, qu’il soit avéré historiquement, puisé dans l’actualité la plus brûlante, ou l’objet d’une élaboration fictive ou mythique, à l’image du Tombeau pour cinq cent mille soldats de Pierre Guyotat (1967), ou des Guérillères de Monique Wittig (1969). L’écriture de la conflictualité semble avoir historiquement imposé la forme et l’imaginaire de l’épopée comme étalon normatif à l’aune duquel le combat a acquis ses structures de lisibilité et d’intelligibilité : cette référence épique, sédimentée sur plusieurs siècles littéraires et aux usages évidemment protéiformes, pèse encore dans la littérature contemporaine, qui s’attache à en examiner de manière critique l’héritage pour en désamorcer les éventuels effets de pouvoir.

Nous proposons aussi de réfléchir à la façon dont le conflit peut prendre la forme d’un corps-à-corps politique. De fait, qu’il s’agisse de la « pétrification » du colonisé pris dans la gangue de l’ordre colonial (Memmi, 1957), des « échines écorchées par le fouet » des esclaves (Fanon, 1961), tout autant que de l’incorporation (Court, 2016), au sens propre comme au sens figuré, d’un genre normé, les ordres sociaux et politiques dominants s’inscrivent dans les corps et les refaçonnent. Raconter l’entrée en résistance des individus qui cherchent à s’en libérer, implique dès lors d’écrire les corps en lutte. Cela amène aussi à rendre compte des déplacements, des décentrements énonciatifs qui résultent de l’affrontement, et qui permettent de faire entendre la parole des adversaires a priori les plus fragiles du conflit.

Les corps humains ne sont par ailleurs pas les seuls à être pris dans des rapports conflictuels qui les marquent durablement. Nous aimerions ainsi étendre la notion de conflictualité à l’ensemble du vivant et du non-vivant, pour penser les tensions qui les traversent, et ouvrir ainsi la discussion à des communications qui adopteraient une perspective écopoétique sur le sujet. En effet, la crise écologique contemporaine nous force à prendre acte de l’apparition de nouveaux acteurs naturels dans le conflit à mesure que, comme le suggère Bruno Latour, « ce qui, jusqu’à maintenant, était resté tranquillement à l’arrière-plan – le paysage qui avait servi de cadre à tous les conflits humains – vient [...] rejoindre le combat. » (Latour, 2015)

Si ce séminaire sera donc sensible à toutes les propositions de communication abordant la mimèsis de la conflictualité, il ne saurait pour autant s’y réduire. La conflictualité peut également procéder d’un geste littéraire de dissidence, d’une position antagoniste de l’écriture qui s’édifie dans la désignation d’un adversaire politique, esthétique ou axiologique. Auquel cas, la conflictualité engage, ou implique, l’auctorialité qui l’actualise : aussi il s’agira de s’interroger sur la manière dont la conflictualité, que circonscrivent diverses modalités d’écriture (polémique, satirique, pratiques intertextuelles, écriture d’intervention, manifeste, etc.) construit un agôn (joute oratoire) littéraire dans lequel l’auteur.ice négocie une reconfiguration du partage policier du sensible, défait la naturalité des langages tout faits et des prêts-à-parler hégémoniques (voir Un œil en moins de Nathalie Quintane, 2018 ; Personne ne sort les fusils de Sandra Lucbert, 2020). Il s’agira, de manière générale, d’interroger diverses stratégies littéraires de combat, souvent situées à la jointure de l’acte militant, visant le sabotage ou la minoration de l’ordre social, symbolique et normatif, et luttant contre les assignations qu’il crée et perpétue, dans des pratiques spécifiques à chaque genre littéraire (poésie, théâtre, roman, intervention, mémoires, etc.).

Dans cette perspective, on sera notamment sensible aux interventions portant sur les corpus postcoloniaux. Reprenant l’expression de Salman Rushdie, Bill Ashcroft, Gareth Griffiths et Helen Tiffin (1989), définissent ainsi comme « writing back », la façon dont les littératures postcoloniales se construisent en écrivant contre un pouvoir impérialiste. Elles s’affirment en revendiquant leur différence, leur écart par rapport aux normes en particulier linguistiques et esthétiques, ainsi qu’au canon littéraire imposés par la puissance coloniale. Dans ce contexte, le conflit se double par ailleurs d’une dimension géographique dans la mesure où il oppose le centre colonialiste à ses périphéries, « villes [faites] avec des loques », « forteresses faites exclusivement de remous et de secousses » contre lesquelles « l’ordre multimillénaire » s’érode en « sable sans raison » (Michaux).

Comme l’année dernière, après une première séance d’accueil des nouveaux doctorants et de présentation du sujet (prévue pour l’automne), les séances comporteront deux à trois interventions avec un thème commun : un membre du Laboratoire Thalim présidera chacune d’entre elles.

Salle Mezzanine, Maison de la Recherche, 4 rue des Irlandais, 75005, Paris

Organisation : Quentin Morvan, Marie Pernice, Antoine Poisson

1. 5 Février 2024 : Intertextualités critiques
- « The play’s the thing wherein I’ll catch the conscience of the king » : Les armes du théâtre
dans Le Beauté du geste, Un Hamlet de moins et Institut Ophélie de Nathalie Garraud et
Olivier Saccomano (Aurélien Cormier)
- - “ Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère !" François Truffaut misread Charles
Baudelaire (Achinoam Berger)
- La querelle de la Nouvelle critique : la place du discours polémique dans la
restructuration du champ de la critique littéraire des années 1960 (Zoé Perrier)
Modération : Aude Leblond
Organisation : Quentin Morvan

2. 25 mars 2024 : Conflits dans le genre : polyphonie, guerre et dissidence
- Virginie Despentes : Écrire contre pour écrire avec (Michaela Rumpikova)
- La Guerre des pédés de Copi : une folle épopée de Montmartre à la Lune (Stéphane
Nourisson)
- Au rythme de la guérilla : proximité, colère et offensive chez Monique Wittig (Rachel
Boyer)
Modération : Catherine Brun
Organisation : Antoine Poisson

3. 29 avril 2024 : Le lieu et sa formule : imaginaires conflictuels des lieux et des peuples
- Rapports de l’imaginaire littéraire aux conflits territoriaux en zone humide (François Sagot)
- Écrire contre, mais contre qui ? Évolution d’un mythe : la figure de Jugurtha en Algérie
(Gaëlle de L’Estoille)
Modération : Xavier Garnier
Organisation : Marie Pernice

4. 27 mai 2024 : Le corps : lieu de conflit, espace de résistance
- La maladie, un combat interne, son écriture, un acte de résistance (Othilie Kowalski)
- Lire (après) le viol : la réponse du corps souffrant (Dalia Sbitan)
Modération : Peggy Cardon
Organisation : Marie Pernice

Séances du séminaire

À venir

Séance(s) passée(s)

  • Conflits dans le genre : polyphonie, guerre et dissidence

    Virginie Despentes : Écrire contre pour écrire avec (Michaela Rumpikova)
    - La Guerre des pédés de Copi : une folle épopée de Montmartre à la Lune (Stéphane
    Nourisson)
    - Au rythme de la guérilla : proximité, colère et offensive chez Monique Wittig (Rachel
    Boyer)
    Modération : Catherine Brun

    Maison de la Recherche, salle Mezzanine
    4 rue des Irlandais, Paris 75005

  • Intertextualités critiques
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