Territoire de la non-fiction. Cartographie d’un genre émergent Direction d’ouvrage - Octobre 2020

Alexandre Gefen (dir.)

Alexandre Gefen (dir.), Territoire de la non-fiction. Cartographie d’un genre émergent , Brill, Territoire de la non-fiction, 2020. ISBN 978-90-04-43931-3. 〈https://brill.com/view/title/36359〉

Résumé

Le genre de la non-fiction est venu depuis quelques années brouiller les frontières du discours comme les distinctions disciplinaires opposant l’écrivain au géographe, au journaliste, à l’historien, au témoin, à l’écrivant. À l’opposé du roman sur rien, émerge sous nos yeux une toute nouvelle littérature d’information, de témoignage, d’inventaire, de documentation et de données. Née de notre peur du virtuel et de la pression de l’information sur nos vies, du théâtre de non-fiction à la « data littérature », la littérature de non-fiction capture le réel en promouvant une littérature sans fiction, voire une littérature sans récit 1 , d’une littérature refusant tout habillage linguistique particulier et toute originalité référentielle. C’est ce genre littéraire émergent qu’il s’agit de décrire. Dans le monde anglo-saxon, la non fiction est une catégorie simple, qui divise les rayons des librairies et des bibliothèques en deux parties, emportant du côté de la non fiction autant la philosophe, les essais que les reportages du journalisme. D’un côté, la possibilité selon la formule de Coleridge de suspendre notre incrédulité, d’un autre, le sérieux de la référence au réel et des procédures de véridiction. Ce partage est déréglé dès les années 1950 par la « non-fiction novel », dont l’histoire est bien connue, de Truman Capote à Norman Mailer 2 et dont le principe consiste à retirer tout trace de subjectivité auctoriale et à s’interdire toute interpolation ou développement imaginaire, en considérant, au fond, que la part d’imaginaire emporté par le réel brut est suffisante pour faire littérature. Fortement apparenté au « nouveau journalisme » américain, celui de grands reportages narratifs, le genre reste néanmoins âprement discuté : on a depuis longtemps reproché à Capote de ne pas avoir respecté la rigueur qu’il affichait 3 et fait remarquer que les historiens non plus n’étaient pas les derniers à recourir à des procédés littéraires (métaphores, recours à la première personne, interpolations, etc.) sans avoir attendu 1 J’emprunte l’idée à Charlotte Lacoste, « Ne pas (se) raconter d’histoires », Pratiques, n o 181-182, 2019, en ligne : http://journals.openedition.org/pratiques/6157.

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