La tentation encyclopédique chez les écrivains africains francophones : des documentations coloniales au glossaire contemporain. Ninon Chavoz, Soutenance de thèse

Directeur(s) de thèse : Xavier Garnier

Maison de la recherche de Paris 3
4 rue des Irlandais, 75005 Paris

Dès lors qu’elle autorise une étude menée sur le long terme, embrassant aussi bien des textes qui relèvent de la documentation impériale que des glossaires contemporains, l’évocation d’une tentation encyclopédique vise à l’étude d’un continuum heuristique entre les ères coloniales et postcoloniales : elle conduit en effet à mettre en évidence l’évolution d’un discours érudit spécifique, caractérisé par une position de surplomb classificatrice ainsi que par une prédilection pour la collection et « l’inventaire culturel » de l’inconnu.
Si l’encyclopédisme permet donc de nourrir l’analyse épistémologique d’un « africanisme » contesté et d’interroger les modalités de sa subversion potentiellement « indisciplinée », notre propos est avant tout de le considérer comme un outil d’analyse des formes plastiques et romanesques – et plus spécialement comme un point d’entrée pour évoquer des productions apparentées à ce que Bernard Mouralis nomme les « contre-littératures ». L’attention prêtée aux tentations encyclopédiques chez Paul Hazoumé, Georges Ngal et Frédéric Bruly Bouabré, mais aussi chez Théodore Monod, Alain Mabanckou ou Hassan Musa, permet de relire ces œuvres au prisme d’une porosité entre savoir et création.
Combinant l’exercice de la citation érudite et l’élan d’une puissance spéculative tournée vers l’avenir, l’encyclopédie pose l’hypothèse d’une mise à plat qui autoriserait la juxtaposition libératrice d’éléments a priori hétérogènes. Dans un contexte de concurrence agonistique des savoirs postcoloniaux, elle offre un espace de rencontre arasé et pacifié, dont le revers douloureux s’incarne dans des figures encyclopédiques marginales et contestées. Mettant en scène un savoir labile et un individu hypertrophié, l’encyclopédisme est un phénomène romanesque de notre temps et il constitue à cet égard un terrain commun aux littératures françaises et francophones contemporaines.