Animismes. De l’Afrique aux Premières Nations, penser la décolonisation avec les écrivains. Alice Lefilleul, Soutenance de thèse

Directeur(s) de thèse : Xavier Garnier , Simon Harel

maison de la recherche de la Sorbonne Nouvelle
4 rue des Irlandais, 75005 Paris

Cette présente thèse s’inscrit dans une réflexion portée par les études décoloniales, lesquelles soulignent la nécessité de penser des savoirs situés afin de renouveler nos outils d’analyses en dehors des catégories euro-centrées. Elle propose une réflexion comparée entre les littératures des Premières Nations du Québec et celles d’Afrique subsaharienne et afro-descendantes et plus précisément la poésie de Natasha Kanapé Fontaine, Rita Mestokosho et Joséphine Bacon, ainsi que certains des romans de Léonora Miano et de Sami Tchak. Les textes de ces poètes et écrivain.e.s Innu, franco-camerounaise et togolais sont articulés à partir de la notion d’animisme. Au moyen de référents littéraires, anthropologiques et des études autochtones, ce travail questionne donc la présence de l’animisme dans la pratique d’écriture et interroge sa portée décoloniale. Cette réflexion se construit également à partir de séjours de terrains, et ce tenant compte d’une mise en valeur du savoir expérientiel préconisé par les études autochtones. Se construisant selon ce que la chercheuse Renate Eigenbrod nomme « narrative scholarship », à savoir l’alternance entre théorie et narration, cette thèse vise à penser l’être au monde animiste comme une épistémologie.
À travers une pensée en deux temps, ce travail met en relief les différents effets de la colonisation sur l’animisme en tant qu’être au monde, ainsi que sa dynamique décoloniale, au prisme de leurs représentation et incarnation littéraires.
Le premier chapitre analyse les stratégies d’objectification de l’animisme portées par les politiques coloniales. Le second chapitre s’attarde sur les traits saillants de la représentation littéraire de l’animisme. La question de la relation au territoire et la notion de souveraineté qui lui est inhérente sont examinées dans le chapitre trois. À rebours des mécaniques d’assignation et d’oppression, il s’agit ensuite de réfléchir sur les dynamiques d’émancipation portées par l’animisme au sein des textes du corpus. Le chapitre quatre analyse les enjeux liés à la notion de sujet selon une perspective décoloniale. Puis, c’est la potentialité résistante de l’animisme en tant qu’ontologie relationnelle qui est interrogée dans le chapitre cinq. Enfin, le chapitre six théorise sa dimension pratique et sa constitution en tant que résurgence, à rebours du colonialisme contemporain.
L’ensemble de cette thèse travaille la possibilité de penser des savoirs situés, c’est ainsi qu’elle aboutit à considérer l’animisme comme une pratique et une éthique de recherche, un outil poétique et intellectuel à utiliser au sein d’autres champs que les disciplines ici convoquées.