Le punk est mort, vive le punk ! La construction médiatique de la nostalgie punk dans la presse spécialisée française Communication dans un congrès

Luc Robène, Solveig Serre

Luc Robène, Solveig Serre, « Le punk est mort, vive le punk ! La construction médiatique de la nostalgie punk dans la presse spécialisée française  »

Résumé

En France, les années 1976-1978 sont celles de l’ « explosion punk » – émergence d’une multitude de formations musicales s’auto-revendiquant comme telles et décidant d’adopter le Français comme expression de leur contestation, organisation des deux festivals punks de 1976 et 1977 à Mont-de-Marsan – qui interpelle profondément la société et la presse. Ces trois années délimitent une très brève période au-delà de laquelle le punk, courant musical auto-proclamé éphémère, est considéré comme mort. S’il convient de s’interroger sur la réalité factuelle de cette disparition, il est tout aussi important de s’intéresser aux processus mémoriels qui ont participé à ériger ce moment en « âge d’or du punk ». Au-delà des stratégies commerciales d’une industrie musicale versée dans la réédition de catalogues discographiques punks « mémoriellement » optimisés par la publication d’inédits, de bonus ou de livrets, ainsi que dans la publication de compilations destinées à commémorer les vingt, puis les trente ans de la scène punk, au-delà de la mode qui recycle les lignes et codes vestimentaires du punk en surfant sur ces anniversaires, une large part du mythe est construite par la puissance médiatique, en particulier par la presse musicale spécialisée. Cette mise en scène médiatique qui ouvre sur l’invention d’une nostalgie punk doit être mise en perspective avec les enjeux inhérents aux conditions de sa production (stratégies éditoriales et commerciales, horizons d’attente et sensibilités du lectorat, dimensions événementielle, culturelle et identitaire) et les modalités de ses expressions (journalistique, littéraire, graphique, iconographique, critique et rhétorique). Notre communication, fondée sur la base d’un corpus constitué de la publication mensuelle des magazines Rock and Folk (1976-2014) et Best (1976-2000), entend dès lors interroger les processus médiatiques à l’œuvre dans la construction d’un âge d’or du punk (1976-1978) en sondant les arcanes de la presse musicale française appréhendée comme « un lieu où travaille la mémoire » (P. Nora). Il s’agira tout d’abord de recenser et d’embrasser les diverses modalités des réactivations mémorielles (commémorations, numéros thématiques, articles inscrits dans un calendrier anniversaire, célébrations médiatiques diverses, discours et regards reconstruits sur l’histoire et les faits musicaux, liens musicaux intergénérationnels décelés et/ou recréés dans le cadre du récit médiatique) en s’intéressant à leurs différentes manifestations textuelles et graphiques. Nous éclairerons également les aspects parfois plus polémiques dans lesquels s’inscrivent ces sélections et recompositions idéalisées du passé. La récente passe d’arme entre Patrick Eudeline (journaliste, Rock and Folk) et Éric de Chassey (Commissaire de l’exposition Europunk, Paris, Cité de la musique), relatée sous forme de feuilleton dans les colonnes du magazine Rock and Folk, en offre un bon exemple. En opposant deux visions de cette reconstruction du « temps punk », elle montre comment la mémoire travaille de manière conflictuelle et souligne les enjeux mémoriels attachés à la présence d’acteurs qui ont été à la fois partie prenante du mouvement punk et auteurs du récit qui l’a révélé, voire reconstruit. Enfin, nous analyserons le décalage résiduel entre l’information délivrée par ces magazines au moment des faits et le traitement médiatique que cette même presse a produit a posteriori sur ces événements.

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