Pour faire atelier au présent : avec Bernard Noël, l’expérience d’écouter-voir-(ré)écrire les voix Faire atelier de littérature(s) : expériences de voix continuées avec les œuvres. Panel effectué dans le cadre du Congrès SELF XX-XXI : Extension du domaine des lettres.

Intervenants : Alexis Hubert, Carla Campo Cascales

Aix, Faculté des lettres Campus Schuman Aix en provence
29 Avenue Robert Schuman, 13100 Aix-en-Provence

Faire atelier de littérature(s) : expériences de voix continuées avec les œuvres ( panel effectué dans le cadre du Congrès SELF XX-XXI : Extension du domaine des lettres )

Nous expérimentons depuis plusieurs années des modes d’enseignement et de recherche avec les littératures qui nous conduisent à chercher, au plus près des œuvres, la participation plus que l’interprétation, et par des pratiques de lecture-écriture, l’expérience continuée plus que la modélisation. Nous avons organisé les 29 et 30 avril 2016 en Sorbonne nouvelle une expérience (donc ni colloque, ni journée d’études) intitulée « apprendre des ateliers » pendant laquelle une cinquantaine d’enseignants, de chercheurs et d’artistes ont construit des moments pour penser la recherche, l’enseignement et la création dans un continu problématique et surtout inventif afin d’augmenter la participation pratique et théorique de tout un chacun.
Le panel que nous souhaitons proposer au Congrès international 2017/2018 de la Société d’Etude de la Littérature et de Langue Française du XXe et du XXIe siècles, aura pour objectif d’associer une réflexion théorique et une expérimentation pratique afin de penser ensemble poétique et didactique autour d’enjeux précis qui constituent pour nous les leviers d’une reprise d’initiatives par les littéraires des enseignements fondamentaux aux enseignements universitaires mais également dans les nombreux secteurs culturels qui ont acquis la maîtrise si ce n’est l’exclusivité de certaines pratiques littéraires (ateliers d’écriture, résidences d’auteurs, etc.)

Pour faire atelier au présent : avec Bernard Noël, l’expérience d’écouter-voir-(ré)écrire les voix

Faire atelier de littérature, c’est donner la possibilité à chaque individu de faire l’expérience « de la lecture et de l’écriture intégrant l’action au processus créatif » . Avec les monologues de Bernard Noël, nous sommes emportés par l’œuvre plus que nous la portons. Le texte doit prendre corps à l’intérieur de soi par une écoute intérieure, sans aucune préparation de la part du lecteur : il faut qu’il soit attentif au dire comme écoute, où se laisse agir la part d’inconnu qui nous fait parler, lire, dire, et écrire, qui fait l’activité du langage comme activité d’un sujet en relation, Ainsi, les mouvements, les lumières, les gestes, les regards, les attitudes dans la voix se matérialisent progressivement dans l’imaginaire. Le début du texte Les Premiers Mots – le premier texte de La Comédie Intime, sorte de roman-monologue dialogique matriciel, où vont apparaitre de nombreux pronoms avec répétitions non systématiques de phrase en phrase – est dans un premier temps travaillé par une lecture aveugle. Tout le monde reçoit le texte au verso puis ferme les yeux : deux voix énoncent alors le texte, en cherchant à suivre l’autre, jusqu’à chercher la confusion, jusqu’à essayer de former une seule voix, dédoublée, anonyme, asexuée, repoussant sans cesse toute identité fixe. Cela donnera un léger décalage propice à la réénonciation. Pendant la lecture, les voix se déplacent dans l’espace, jouent avec lui afin de complexifier l’expérience d’écoute. La voix se fait tantôt lointaine, tantôt proche jusqu’à en ressentir le souffle. Le corps se lève dans la langue, son érotisme prend de l’épaisseur.
Le deuxième temps de l’atelier est consacré à une lecture plurielle : toutes les personnes lisent le texte à voix haute. Chacun dit une phrase, et une fois que la phrase a été dite, elle peut être répétée n’importe quand, n’importe où dans la pièce, par n’importe qui. Il se forme bientôt comme une partition musicale, où chaque instrument joue sa note, son ensemble de notes, mais avec un fil directeur que l’on peut suivre malgré tout. Puis enfin, une lecture silencieuse succède à cette circulation du texte. Chaque lecteur lit le texte pour lui, comme si cette lecture silencieuse venait confirmer que l’expérience d’écouter-voir se fait dans le continu de la voix dans la voix de l’œuvre, et de la subjectivation à l’œuvre, où se mêlent et se ménagent silences, images et sonorités intérieures dans l’attention de tous les sens convoquée. Bernard Noël dit d’ailleurs dans Le Mal de l’espèce, un des monologues dialogiques de La Comédie Intime, que « le silence est l’intensité du son ».
A la suite de ces trois étapes de l’expérience, peut se poursuivre la réénonciation dans une superposition du temps du faire et du temps du fait par l’écoute multiple que permettent les enregistrements de la mise en voix. Enfin se constitue une anthologie de lectures-écriture – « La voix fait écrire » dit Michel de Certeau – dans le continu de l’expérience d’écouter-voir-(ré)écrire les voix : chaque participant de l’atelier peut écrire ce qu’il veut à partir de cette lecture silencieuse, et la discussion est ouverte, les voix circulent encore. Il y a également la possibilité d’une contrainte simple pour démarrer l’écriture : chaque participant écrit une phrase commençant par un pronom personnel, puis chacun la dit à son tour, et tout cela s’enregistre et se réécoute, dans un faire atelier de littérature – réécriture interminable.

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