Histoires de honte : "Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés" Traumatisme des mémoires et mémoire des traumatismes. Autour de la guerre d’Algérie

Intervenant : Catherine Brun

Auditorium-Hôpital Européen Georges Pompidou (Paris)
20 Rue Leblanc, 75015 Paris

Traumatisme des mémoires et mémoire des traumatismes. Autour de la guerre d’Algérie

11 octobre 2017, Auditorium-Hôpital Européen Georges Pompidou (Paris)

Président : Pr Amine Benyamina

Coordination scientifique : Dr Mohammed Taleb

Ne peut-on pas dire que certains peuples souffrent d’un trop de mémoire, comme s’ils étaient hantés par le souvenir des humiliations subies lors d’un passé et aussi par celui des gloires lointaines ? Mais ne peut-on pas dire au contraire que d’autres peuples souffrent d’un défaut de mémoire comme s’ils fuyaient devant la hantise de leur propre passé. Paul Ricœur, « Le pardon peut-il guérir ? » Esprit 3-4 (1995), 7.

La Société Franco-Algérienne de Psychiatrie organise le 11 octobre 2017 à l’Auditorium de l’Hôpital Européen Georges Pompidou à Paris, un colloque consacré aux aspects mémoriels liés aux traumatismes de la guerre d’Algérie. Notre objectif est de traiter des traumatismes de la mémoire et de la mémoire des traumatismes en croisant divers regards : ceux d’historiens, d’universitaires, de psychiatres, d’écrivains, de neuropsychologues, ... Ce colloque devrait contribuer à mieux comprendre pourquoi cette guerre continue de produire des effets particuliers sur la mémoire. Quels en sont les mécanismes, les processus en cause ?

Il semble assez clair que la mémoire individuelle interagit en lien étroit avec les représentations collectives et la manière dont sont traités les événements historiques par le corps social tout entier. Il est probable qu’elle soit également soumise à de nombreuses influences, évolutions et modifications que lui imprime « la conscience » (et/ou l’inconscient) collective. Il y a intrication entre traumatismes, mémoire individuelle, mémoire collective et mémoire historique dans des interactions et enchevêtrements multiples. Ces phénomènes peuvent être appréhendés en tenant compte des mécanismes neuropsychologiques de la mémoire mais, à l’inverse, il est difficile de comprendre ces mécanismes sans prendre en compte les influences sociales et collectives. Il est donc d’emblée essentiel de souligner la nécessité d’aborder ces questions de manière pluri et interdisciplinaire. Une lecture qui consisterait à réduire les traumatismes de la mémoire à une configuration personnelle singulière ou celle encore qui relèverait d’une démarche exclusivement sociale et politique, au risque de dissoudre l’expérience subjective personnelle dans une approche historique globalisante, risquent d’être restrictives et réductrices. Au même titre que l’existence d’une problématique individuelle en rapport avec les états post-traumatiques, pourrait-on invoquer une forme de traumatisme propre à la société toute entière pour expliquer certaines manifestations de souffrance individuelle. On voit là toute la complexité de ces questions auxquelles la psychiatrie est soumise.

Pour toutes ces raisons, nous nous inscrivons dans une démarche que l’on pourrait qualifier de « centripète » et à travers les divers analyses et regards d’historiens, de neuropsychologues, psychiatres, universitaires, écrivains, ... sur les liens entre l’ensemble de ces mémoires, et les mémoires traumatisées, tenter de comprendre un peu mieux les particularités liées à la guerre d’Algérie et pourquoi elle demeure l’objet d’un silence général embarrassé. Et pour illustrer cette forme "d’amnésie collective", il est assez significatif de constater la rareté des travaux des psychiatres des deux pays sur cette question essentielle contrairement à d’autres guerres ou conflits qui on donné lieu à une littérature scientifique plutôt abondante.

Mohammed Taleb

Programme

8h00-8h30 : Accueil des participants

8h30-8h45 : Allocutions

8h45-9h00 : Introduction. Pr Sadek Beloucif, Médecin-Chef du service d’anesthésie-réanimation à l’hôpital Avicenne (Bobigny).

Session 1. Président : Tramor Quemeneur, Franck Baylé

9h00-9h30 : L’articulation mémoire individuelle/mémoire collective. Denis Peschanski (Directeur de recherche au CNRS).

9h30-10h00 : Lien entre le traumatisme colonial, son omniprésence dans le présent et l’impossible mémoire collective. Pascal Blanchard (Chercheur LCP/CNRS et Groupe de recherche Achac)

10h00-10h30 : La Guerre de libération nationale (1954-1962) dans la mémoire des Algériens. Mohand-Amer Amar (Historien, Chercheur au CRASC, Oran)

10h30-10h45 : débat

10h45-11h15 : pause

Session 2. Président : Pierre Michel Llorca, Eric Savarese

11h15-11h45 : 13 Novembre : un programme de recherche sur les mémoires traumatiques. Pr Francis Eustache. Directeur de l’unité Inserm-EPHE-Unicaen (Neuropsychologie et Imagerie de la Mémoire Humaine), Caen.

11h45-12h15 : Mémoire et identité après un traumatisme complexe. Fabrice Berna (Psychiatre, Praticien Hospitalier - Inserm, Strasbourg)

12h15-12h30 : débat

Session 3. Président : Sadek Beloucif, Amine Benyamina

14h00-14h30 : Les immigrés algériens en France pendant la guerre d’Algérie. Traumatismes et identités. Benjamin Stora (Historien, Professeur des Universités))

14h30-15h00 : Retour sur le modèle du « traumatisme historique ». A propos du vote Front National chez les pieds noirs. Eric Savarese (Professeur de Science Politique à l’Université de Montpellier)

15h30-16h00 : Harkis : Rapatriés ou réfugiés ? L’épreuve d’une identité singulière. Fatima Besnaci-Lancou (Historienne).

16h00-16h15 : débat

Session 4. Président : Pascal Blanchard, Mohand-Amer Amar

16h15-16h45 : Fictions, mémoires et post-mémoires de la guerre d’Algérie dans la littérature française. Catherine Brun (Professeur Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3)

16h45-17h-15 : La mémoire traumatisante dans quelques romans et nouvelles d’auteurs algériens d’expression française. Désirée Schyns. Professeur à l’Université de Gand.

17h15-17h30 : débat

17h30 : Conférence de clôture : Connaissance des faits, tabou du récit, silence…Alexis Jenni, lauréat du Prix Goncourt 2011.

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