Nouvelles aventures du chapitre Colloque

Organisateurs : Camille Koskas, Aude Leblond, Ugo Dionne

Programme : ANR Chapitres

Université de Montréal, Carrefour des Arts et sciences, salle C-3061

Pour Philippe Hamon, le XIXe siècle voit l’entrée de la littérature dans l’ère multi-médiatique moderne, entraînant la reconfiguration continuelle des œuvres narratives. Le récit se transpose aisément de support en support et d’un genre à l’autre. Le XXe puis le XXIe siècle n’ont fait qu’accélérer cette tendance à l’adaptation et à la transposition, à travers l’essor des médias audiovisuels puis du numérique, source de recyclage permanent d’un récit désormais plus collaboratif qu’individuel.

La conception des œuvres narratives ne met donc plus l’accent sur la clôture ou l’unité du récit, mais sur la prolifération – prolifération créative qui accompagne une augmentation de la consommation et de la diffusion de ces produits culturels. Ce changement que l’on devine décisif dans l’histoire des supports prend racine au XIXe siècle, au moment où naissent les produits culturels de masse – au rassemblement des feuilletons en volume unique peut par exemple faire écho celui du recueil d’intégrales de séries télévisées en coffrets de DVD, volontiers présentés comme un gros livre (de Doctor Who et The Shield à Kaamelott ou Black Books).

Le récit s’affranchit ainsi petit à petit des limites de l’opus, et déborde le cadre d’une intrigue unifiée, au profit du développement d’un monde fictionnel en croissance perpétuelle. Si les métamorphoses du chapitre d’un support médiatique à l’autre sont éclairantes, c’est qu’avec le double mouvement d’expansion et de diversification générique et médiatique qui fait de l’œuvre une nébuleuse de versions et de variations, notre compréhension des délimitations de l’œuvre perd en pertinence. Ceci doit nous conduire à interroger à nouveaux frais la clôture ou l’unité intermédiaires. Et ce, au premier chef, parce que la notion de chapitre, loin de disparaître, a tendance à essaimer dans d’autres genres, jusqu’au jeu de rôle ou au jeu vidéo. Alors qu’on pouvait penser que le chapitre ne constitue qu’une forme parmi d’autres de segmentation, et pas nécessairement la plus signifiante, on constate au fil des adaptations et transpositions une persistance surprenante du chapitre, au-delà du genre romanesque.

Comment se fait-il que la notion de chapitre essaime dans ces univers transmédiatiques ? Pourquoi continue-t-on à parler de et utiliser des chapitres ? Telles sont les questions qu’abordera ce colloque.

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