Les imaginaires du canal de Suez. Représentations littéraires et culturelles (1858-1975) Colloque international

Organisateurs : Sarga Moussa, Randa Sabry (Université du Caire)

Université du Caire

Colloque international et interdisciplinaire,
Université du Caire, 4-6 novembre 2018

Le canal de Suez, surtout aux périodes les plus marquantes de son histoire (de sa conception en 1858 à sa réouverture à la navigation en 1975), a donné lieu à une abondante production relevant de divers genres et médias (récits viatiques, mémoires, témoignages, discours de propagande, articles de presse, tableaux, photographies, poèmes, fictions, films et documentaires…), mais aussi à des visions antagonistes.
L’un des enjeux centraux de ce colloque est de confronter ces différents regards et de mettre en lumière la richesse – encore largement méconnue – des représentations culturelles suscitées par cette voie maritime qui fut non seulement un lieu géographique et stratégique majeur, mais aussi le point de fixation de plusieurs mythes : mythe de l’union des deux mers, du mariage de l’Orient et de l’Occident, du progrès apporté à une terre millénaire, du fameux « passage vers l’Inde » chanté par Walt Whitman, mythe aussi, en Égypte, lors de la nationalisation, de la reconquête de l’héritage perdu, ou des fellahs transfigurés en héros sacrifiés d’une épopée enfouie dans les sables du canal, etc. Faciles à répartir au premier abord entre récits de la « légende dorée » et de la « légende noire » (Caroline Piquet), entre imaginaire colonial et imaginaire patriotique égyptien, ces représentations de Suez coexistent néanmoins avec des représentations plus ambiguës ou plus nuancées. Analyser leurs discours respectifs, déceler les soubassements idéologiques et les visées qui les travaillent, tel sera l’un de nos objets d’enquête.
D’autre part, on s’interrogera sur la construction d’éventuelles spécificités nationales (y a-t-il un imaginaire « égyptien », ou « britannique » ou « français », du canal de Suez, à telle ou telle période de l’Histoire ?). On pourra également mettre à l’épreuve la stéréotypie « orientaliste » critiquée naguère par Edward Said en prenant en compte la complexité d’un espace qui fut souvent rêvé comme un « entre-deux ». Enfin, on pourra se demander quels outils esthétiques et rhétoriques (quelles métaphores privilégiées, par exemple) ont été mobilisés pour dire la mise en contact généralisée (des peuples, des langues, des religions, etc.) ou au contraire le profond sentiment de spoliation face aux stratégies de domination colonialiste.
À l’enjeu comparatiste de ces rencontres s’ajoutera le souci de prendre en compte la longue durée et de contextualiser ces représentations culturelles à chaque fois en rapport avec l’Histoire mouvementée du canal de Suez et ses moments les plus déterminants : initiation du projet, opérations de creusement et inauguration, dette égyptienne et mainmise britannique, guerres de 1956, de 1967 et 1973, sans oublier les périodes plus étalées dans le temps comme celle où se développe dans les villes du canal, notamment à Port-Saïd, un style de vie, voire un art de vivre, qu’on qualifie souvent de cosmopolite.
C’est dans cette perspective interdisciplinaire ouverte, accueillant points de vue et compétences scientifiques de plusieurs horizons, que nous tenterons de tracer les jalons d’une « histoire partagée » (R. Bertrand) du canal de Suez, à un siècle et demi de son inauguration.

Coordinateurs : Randa Sabry (Université du Caire) et Sarga Moussa (CNRS, Paris)

Comité scientifique :
Emad Abou Ghazi, Mohammad Afifi, Rania Fathy, Daniel Lançon, Salma Mobarak, Sarga Moussa, Caroline Piquet, Randa Sabry, Mercedes Volait, Ebtehal Younes.

Langues du colloque : français et arabe
Frais d’inscription : 100 euros

Contacts :
-  Sarga Moussa : smoussa chez free.fr
-  Randa Sabry : ran.sabry chez gmail.com.