Alexis Hubert

Doctorant en littérature française et comparée, ED 120, Sorbonne Nouvelle Paris 3 / THALIM

Thèse : Pour une poétique de la voix et de la relation. La Comédie Intime de Bernard Noël: des monologues dialogues dans un continu érotique, éthique et politique

Directeur(s) de thèse : Serge Martin

Activité éditoriale

« Les éditions Centrifuges ont été fondées en 2011, dans la région Lyonnaise, puis gérées depuis 2013 par Armand Dupuy et Jean-Marc Undriener. Elles sont animées depuis 2017 par un collectif d’auteurs et d’artistes (Armand Dupuy, Philippe Agostini, Jérémy Liron, Claude Chambard, Déborah Heissler, Pauline Catherinot, Alexis Hubert) qui s’attache à publier des livres mettant en avant des collaborations entre auteurs et artistes principalement, à travers des collections alternant livres d’artistes, tirages courants et traductions.
Les livres d’artistes sont tirés, le plus souvent, à quelques dizaines d’exemplaires. Chaque exemplaire comporte les interventions originales du plasticien, qui sont réalisées directement in situ. Des tirages courants sont également proposés au lecteur, dont quelques exemplaires de tête, enrichis d’une œuvre originale insérée dans le livre.
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Résumé de la thèse

La Comédie Intime de Bernard Noël, somme littéraire écrite sur une quarantaine d’années, est constituée de huit monologues dont la particularité est de comporter pour chacun d’entre eux une contrainte prescriptive basée sur l’utilisation à chaque début de phrase de la suite des pronoms personnels. L’auteur semble marquer par là toute l’influence d’une certaine philosophie du langage issue de Wittgenstein et de Benveniste et instaurer d’emblée comme espace littéraire un espace relationnel dans et par le langage. Par conséquent, les formes de vies y deviennent des formes de langage et les monologues y deviennent paradoxalement dialogiques en recommençant sans cesse un trajet vers l’autre au sein même de l’énonciation. En effet, un mouvement du "Je" vers "Tu" est sans cesse relancé et l’entrecroisement subtil entre le "Je", le "Il", le "Vous" et le "Nous" sont à la mesure de nos propres subjectivations fictionnelles à l’œuvre dans et par l’activité du langage, cet anonyme en commun. Celles ci sont redoublées d’un intertexte dense (Georges Bataille, Maurice Blanchot, Stéphane Mallarmé, Antonio Gramsci, Pier Paolo Pasolini, André Masson) qu’on ne pensera plus comme tel tant Bernard Noël s’incorpore ces figures par tout un imaginaire intime en autant de gestes vocaux érotiques et éthiques qui font de l’expérience poétique une puissante politique des corps et de la lecture un processus de transsubjectivation potentiellement révolutionnaire. Ainsi, nous envisagerons de quelle manière une poétique singulière de la voix, du rythme, de la relation, serait la plus à même de penser ces formes hybrides voire "informes" - pour reprendre une notion centrale dans la critique de l’esthétique opérée par Georges Bataille dans la revue Documents - que sont les monologues, entre théâtre, récit et poème, et de réaliser ce continu érotique, éthique et politique à l’œuvre dans cette comédie intime qu’est le langage. Pour cela, nous devrons nous départir de toute une pensée essentialiste issue de la tradition phénoménologique et psychanalytique et de toutes les apories inhérentes à la critique sémiotique pour penser, par le biais d’une sémantique de l’énonciation et dans le cadre d’une anthropologie historique du langage, ce que nous fait un poème, ce que ce parti pris du langage, de la pensée et du corps nous donne à vivre.